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Alice, Sophie et Jérôme ont remis du sens et du vert dans leur métier

ActualitésPublié le 04 avril 2025

Travailler pour vivre, et non vivre pour travailler ! Parce qu’ils souhaitaient que leur activité professionnelle corresponde mieux à leurs valeurs et réponde à l’urgence écologique, Alice, Sophie et Jérôme ont quitté leur ancien job.

Sophie Burel, 35 ans, était chercheuse dans le domaine de la santé. Elle est depuis 2023 l’une des deux codirectrices de la ressourcerie Le TransiStore à La Chapelle-sur-Erdre, commune où elle réside aussi.
Sophie Burel, 35 ans, était chercheuse dans le domaine de la santé. Elle est depuis 2023 l’une des deux codirectrices de la ressourcerie Le TransiStore à La Chapelle-sur-Erdre, commune où elle réside aussi © Christiane Blanchard.

C’était dans l’air après la crise du Covid : à l’image des Anglo-Saxons et du fameux « Big quit », les Français allaient massivement quitter leur emploi pour un travail leur offrant une meilleure qualité de vie et plus de sens. Mais peu ont franchi le pas à l’époque : si 31 % des cadres indiquaient avoir un projet de reconversion, seuls 8 % avaient véritablement entamé les démarches, selon une étude de l’Apec de 2022. Et aujourd’hui ? Le Baromètre de l’emploi 2024 (centre Inffo / CSA) pointe qu’un actif sur cinq se prépare à une reconversion professionnelle. Les trois habitants de la métropole que nous avons rencontrés l’ont fait. Sans regrets, même si l’aventure n’a rien d’une promenade de santé !

Pourquoi on s’est lancés

Sophie : « Après avoir voulu changer de thématique de recherche, j’ai eu deux petits contrats compliqués, où je n’étais pas en phase avec le cadre de travail imposé. Je me sentais en perte de sens, d’utilité. On passe beaucoup de temps au travail, et j’avais besoin de réaligner mon activité avec mes valeurs. »

Alice : « Cela faisait 18 ans que je travaillais chez le même éditeur de logiciels. J’avais un poste assez important – je manageais une équipe de cinq personnes, je gérais un portefeuille de clients – mais je ne me sentais plus en phase avec les choix de l’entreprise. J’ai essayé d’agir en interne, au comité d’entreprise, mais sans succès. »

Jérôme : « Le grand groupe industriel qui m’employait m’a fait travailler sur beaucoup de projets dans les domaines militaire, des énergies marines renouvelables, du nucléaire. Très intéressant techniquement… mais pas vraiment une passion ! Au bout de 10 ans, j’aspirais à plus de liberté et je pensais déjà à créer mon entreprise. Je viens d’une famille où on aime fabriquer, on préfère réparer plutôt que de racheter, et je me suis intéressé aux déchets industriels, électriques et électroniques. Il y a là un énorme travail à faire et il me paraissait évident d’aller vers cette voie. »

Alice : « Même si ça n’était pas le déclencheur, l’urgence écologique a été un facteur de choix pour mon nouveau métier. Cela fait longtemps que je m’informe sur la question, j’ai mis en place des actions à titre individuel comme réduire mes déchets, j’ai déménagé pour être plus près de mon travail et faire moins de route... »

Jérôme Botte, 35 ans, habite à Indre, commune où il a fondé en 2022 Modixia, une start-up spécialisée dans la conception et la fabrication d’ordinateurs bas carbone, à partir de composants de réemploi.
Jérôme Botte, 35 ans, habite à Indre, commune où il a fondé en 2022 Modixia, une start-up spécialisée dans la conception et la fabrication d’ordinateurs bas carbone, à partir de composants de réemploi © Christiane Blanchard.

Ce qu’on a changé

Alice : « J’ai fait un bilan de compétences pendant trois mois, et j’ai pu identifier ce qui me ferait du bien, les domaines d’activité à explorer. Je me déplaçais à vélo au quotidien, et c’est en creusant que j’ai vu que le métier de mécanicien vélo était accessible, avec des débouchés. Je voulais garder l’idée du service aux gens – j’aimais beaucoup le côté utile de ce que je faisais auparavant. J’ai suivi une formation courte à Saint-Sébastien-sur-Loire, théorique et pratique. »

Jérôme : « J’avais une idée cohérente autour du réemploi, des produits éco-conçus, que j’ai pu développer en me mettant à temps partiel. Pendant le confinement, j’étais même en chômage partiel et j’ai pu profiter de ce temps pour fabriquer mes prototypes. Je me suis lancé, j’ai créé mon entreprise puis je suis allé voir les incubateurs de la place pour m’accompagner – les Ecossolies me semblaient les plus pertinents sur le réemploi et en termes de valeurs. J’ai aussi intégré le réseau Entreprendre Atlantique, des anciens chefs d’entreprise qui conseillent les plus jeunes, et c’est très précieux ! »

Sophie : « J’étais déjà impliquée bénévolement dans l’association Transistore, qui a ouvert la ressourcerie de La Chapelle, avec Solidarité emploi, en 2021. Un poste de co-direction a été créé deux ans plus tard, pile au moment où j’avais décidé de faire un break dans mon travail. Voilà comment j’ai pu intégrer le Transistore en tant que salariée car je connaissais bien le projet, le parcours de création, les acteurs avec lesquels on travaillait. J’ai suivi une formation d’agent valoriste avec les Ecossolies pour mieux connaître les métiers du réemploi. »

On peut avoir beaucoup aimé ce qu’on faisait avant, et aimer ce qu’on fait aujourd’hui.

Sophie

Alice Moyon, 44 ans, habite avec sa famille dans le quartier nantais de Doulon-Bottière. Elle a quitté le secteur de l’informatique pour la réparation de cycles, se déplaçant à domicile et sur les marchés © Christiane Blanchard.
Alice Moyon, 44 ans, habite avec sa famille dans le quartier nantais de Doulon-Bottière. Elle a quitté le secteur de l’informatique pour la réparation de cycles, se déplaçant à domicile et sur les marchés © Christiane Blanchard.

Les obstacles, les questions

Sophie : « Je n’avais pas de formation en gestion financière et administrative, j’ai appris sur le tas. Donc ce qui peut arriver en changeant complètement de domaine, c’est le syndrome de l’imposteur. On peut se demander si on est compétente, ou si on va être considérée comme telle. »

Alice : « C’est vrai, moi j’ai mis un an avant d’être vraiment à l’aise ! C’est aussi pour ça que j’ai travaillé d’abord en atelier, pour avoir de l’expérience avant de me lancer à mon compte, en 2022. Mais le plus dur a été de se retrouver en micro-entreprise avec des revenus variables d’un mois à l’autre, de l’incertitude. »

Jérôme : « Je suis moi aussi passé du confort du salariat à un poste de dirigeant de start-up, avec les galères qui vont avec ! Il m’a fallu trouver un local, engager des fonds, gérer de la production, travailler avec des prestataires qui ont chacun leur personnalité et s’adapter... c’est beaucoup d’énergie et il faut préserver sa santé, ne pas se mettre tout le temps dans le rush. Et même si c’est précaire au début, on ne fait pas ça pour l’argent, mais pour les valeurs et les actions que l’on mène. »

Sophie : « Les difficultés viennent aussi du contexte général, du manque de soutien par des politiques nationales. On travaille sur des projets qui prônent d’autres façons de vivre, de produire, de consommer… Des sujets importants, mais qui vont contre la pensée dominante. Alors c’est parfois difficile de rester optimiste. D’où l’importance du collectif, d’être dans un entourage bienveillant ! »

Même si c’est précaire au début, on ne fait pas ça pour l’argent, mais pour les valeurs et les actions que l’on mène.

Jérôme

Ce qu’on en retient

Alice : « J’ai orienté mon activité pour être confort, je sais dire non à des choses que je ne sais pas faire. Et j’ai compris que travailler seule, ce n’est pas trop mon truc. Donc tout ce que je n’ai pas en collectif dans mon boulot, je le trouve chez des associations, comme les Boîtes à vélo, et en allant travailler sur les marchés. »

Sophie : « On peut avoir beaucoup aimé ce qu’on faisait avant, et aimer ce qu’on fait aujourd’hui. Beaucoup de gens se questionnent sur leur travail, sur la possibilité d’en changer. Mais un travail où on est heureux, où il y a du sens, ça change la donne ! Ce sera encore plus évident dans les générations à venir. »

Jérôme : « Oui, c’est devenu commun d’avoir plusieurs carrières dans sa vie, c’est mieux accepté. Aujourd’hui, je travaille beaucoup plus que dans mon ancien emploi, je n’apprécie pas 100 % des tâches que j’ai à faire, mais je sais pourquoi je les fais, je suis totalement aligné ! »