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« Une belle expérience » : la pose du pont Anne-de-Bretagne vue par le pilote de Loire
Publié le 07 avr. 2026
Dernière mise à jour 07 avr. 2026
Expert de l’estuaire, Étienne Doux a guidé la remontée fluviale de la charpente métallique du pont, puis sa délicate pose. Alors que ce tablier a rejoint sa destination finale mercredi 25 mars, le pilote de Loire revient sur cette opération spectaculaire.
Dans ses bureaux vitrés face à la Loire, Étienne Doux regarde de loin l’avancée des travaux du pont Anne-de-Bretagne. Quelques jours auparavant, il se trouvait au premier plan. Le pilote de Loire, qui assiste au quotidien des capitaines en guidant les bateaux aux ports, planifiait depuis un an et demi, avec les équipes de maîtrise d'ouvrage, l’arrivée de la charpente métallique dans la cité des Ducs de Bretagne. Aux commandes lors de la pose, il se réjouit de la réussite des opérations, qui supposaient une organisation au cordeau. Rencontre avec le « chef d'orchestre » de la délicate manœuvre.
Pouvez-vous nous décrire votre rôle lors de la remontée de la Loire de la charpente du pont Anne-de-Bretagne ?
Mon rôle consistait à piloter la barge jusqu’au site. Celle-ci est arrivée à bord d’un navire semi-submersible, et nous avons dû intervenir pour son déchargement. C’est mon collègue, Thomas Arnaud, accompagné de quatre remorqueurs de Saint-Nazaire, qui s’en est chargé. Après une escale à Lorient, les remorqueurs du port breton ont escorté la barge jusqu’à l’entrée de la Loire, où nous l’avons prise en charge. Je suis monté à bord de la barge pour effectuer le changement de remorqueurs, puis nous avons remonté toute la Loire le samedi 7 mars. Les conditions étaient plutôt favorables : il n’y avait pas de vent, même s’il y avait encore beaucoup de débit dans la Loire. Une fois les remorqueurs de Saint-Nazaire en place, j’ai été transféré sur le remorqueur de tête. Nous avons poursuivi jusqu’à Cheviré. Pour l’évitage à Trentemoult et la manœuvre finale, j’ai de nouveau rejoint la barge. À la VHF [talkie-walkie, NDLR], je donnais des instructions précises à chaque remorqueur sur sa position et la puissance à appliquer.
Et durant la pose ?
Pour le transfert de la barge de Cheviré jusqu’au site, j’étais positionné sur le tablier du pont, sur une petite plateforme côté bâbord. Ensuite, lors du déhalage [action qui consiste à faire changer la position d’un navire en se servant des amarres, NDLR], j’ai rejoint la barge. Il s’agissait d’un travail de coordination étroit avec la personne en charge des SPMT, ces remorques mobiles. Nous fonctionnions en binôme. Je disposais d’un système de positionnement très précis, avec deux balises satellites et un capteur équipé d’un gyroscope optique. Cela me permettait de suivre en temps réel l’évolution de la barge sur une tablette et d’ajuster les manœuvres. Au total, cinq pilotes se sont relayés sur une période de 48 heures. La coopération a été très fluide, l’ambiance était sympa.
Comment avez-vous vécu ces opérations spectaculaires ?
C’était assez surprenant, car il y avait énormément de monde sur les berges. C’était même assez drôle de voir toutes ces personnes se déplacer pour assister au passage du pont. C’était surréaliste mais fort sympathique. On entendait au loin les gens qui applaudissaient : ça avait l’air bonne ambiance sur les berges. À Saint-Nazaire, il y avait déjà du monde, mais ensuite, à Paimboeuf, Cordemais, Le Pellerin, Couëron ou encore Basse-Indre, c’était noir de monde ! Le seul moment où l’on observe une telle affluence, c’est lors de Débord de Loire. Mais en l'occurrence je n’ai jamais piloté les bateaux à cette occasion, donc je ne l’avais jamais vécu.
À quelles difficultés avez-vous dû faire face ?
Tout s’est déroulé comme prévu. Nous avions bien anticipé les éventuels problèmes. Lors de la passation des remorqueurs au large, il y avait un peu plus de houle que prévu, ce qui nous a fait perdre un peu de temps. Mais il s’agissait davantage d’un aléa que d’une réelle difficulté. Dans l’ensemble, l’opération s’est très bien déroulée. Chaque intervenant a parfaitement joué sa partition. C’était une très belle expérience.
Un événement vous a-t-il particulièrement marqué pendant l’opération ?
Je me souviendrai surtout du moment où nous avons décidé de poursuivre les opérations, le mardi après-midi, avant la rotation du pont. Les conditions météo n’étaient pas excellentes, et j’ai bien senti que ma parole allait peser dans la décision. J’étais plutôt confiant, donc j’ai essayé de rassurer tout le monde. Nous avons finalement décidé d’y aller, et tout s’est très bien déroulé. Mais j’avais tout de même une certaine pression sur les épaules.
En quoi cette opération était-elle particulière dans votre carrière ?
C’est typiquement le genre d’opération que l’on ne vit qu’une seule fois dans une carrière. Elle était unique, à la fois par sa complexité technique et par son ampleur. Ce type de mission nécessite une excellente connaissance des lieux, des marées, on était donc forcément très impliqué dans le dossier. Les prédictions de marée, par exemple, ne sont jamais très fiables donc notre expertise était particulièrement attendue. Nous avons été très impliqués dans le timing et la préparation de l’opération. C’était extrêmement prenant.