Tramways, construction, origine du projet… Tout ce que vous devez savoir sur le pont Anne-de-Bretagne

Publié le 23 mars. 2026

Dernière mise à jour 26 mars. 2026

Après son voyage maritime et fluvial, la charpente du pont a été posée mercredi 25 mars, laissant entrevoir l’envergure de l’ouvrage à sa mise en service, prévue fin 2027. Mais connaissez-vous les détails de ce projet ?

  • La barge s'approche du pont actuel avant d'être arrimée, en vue de l'opération de pose du tablier. © Gaël Arnaud

Le pont Anne-de-Bretagne permet de franchir la Loire depuis 1975. De par son emplacement, l’ouvrage qui relie le quai de la fosse au boulevard Léon-Bureau sur l’île de Nantes se situe aujourd’hui à la croisée de plusieurs grand projets urbains : l’arrivée de nouvelles lignes de transport, des grandes voies vélo, l’aménagement des rives de Loire, du Bas-Chantenay, de la place Gloriette-Petite Hollande ou encore le nouvel hôpital.

Entamée début 2025, sa profonde métamorphose accompagne donc la transformation de la ville et le hissera au rang de pont le plus large d’Europe. Voici tous les détails de ce projet. 

Les origines du projet

La transformation du pont résulte d’un engagement pris à l'issue du Grand débat de 2014 « Nantes, la Loire et Nous », qui visait à retisser le lien distendu entre la métropole et son fleuve. Près de 40 000 contributeurs, des dizaines de commentaires en lignes et huit mois de discussions ont abouti à un rapport. Parmi les recommandations figurait l'élargissement du pont Anne-de-Bretagne. 

Par la suite, un long travail de concertation a été mené avec les habitantes et habitants, à différentes étapes du projet, notamment lors du dialogue compétitif pour faire avancer sur le projet les équipes alors en compétition. L’objectif : s’assurer que la Métropole réponde aux attentes citoyennes. Le projet final intègre ainsi leurs contributions sur l’écoconception, l’esthétique, l’adaptation aux défis climatiques et la fluidité des déplacements.

Deux nouvelles lignes de tramway

Dans ce projet la question des déplacements est effectivement centrale. En triplant sa largeur, le pont accueillera, dans des conditions optimales, tous les modes de transports : piétons, cyclistes, véhicules individuels, mais aussi les bus et tramways. Car c’est l’une des grandes nouveautés qui va transformer la ville : l’arrivée de deux nouvelles lignes de tramway

Les futures lignes 6 et 7 emprunteront toutes deux le pont Anne-de-Bretagne. Depuis leur terminus à l’Hôtel de Ville de Rezé, la L6 rejoindra Babinière (La Chapelle-sur-Erdre), tandis que la L7 reliera François Mitterrand (Saint-Herblain). « Ces nouvelles lignes vont multiplier les connexions entre les communes, les quartiers et les grands équipements comme le nouvel hôpital » se réjouit Laurent Chédru du département des mobilités. « L’ensemble de la métropole sera ainsi mieux desservi et les capacités de franchissement de la Loire augmentées. »

Un lieu de promenade

  • Perspective du futur pont Anne-de-Bretagne vue du ciel.
    Le tablier arrivé par voie fluviale, accolé au pont existant, ne formera plus qu'un avec le pont existant. © Dietmar Feichtinger Architectes

Au-delà de la question du franchissement, le projet offre aux Nantaises et Nantais un véritable lieu de promenade. « Nous avons voulu créer une place sur la Loire, un lieu de rencontre et de passage » résume l’architecte Dietmar Feichtinger. En plus d’un belvédère en bois offrant un panorama sur le fleuve, environ 20 % de la surface de l’ouvrage –soit 1 779 m²– sera occupée par des espaces plantés. « On a pensé le pont Anne-de-Bretagne comme un jardin à part entière, qui viendrait enrichir la collection nantaise, avec un jardin linéaire reliant les deux berges et des coins de pelouses » explique Ghislain Dalbos, maître-d'œuvre et paysagiste aux ateliers Up+. Ce corridor écologique entre les deux rives participera notamment à la lutte contre les îlots de chaleur.

Un défi technique et esthétique

La structure acheminée par la Loire va permettre d’élargir le pont de 18 à 53 mètres. Accolée à l’ouvrage existant, cette charpente métallique sera recouverte de prédalles en béton puis d’un revêtement. Tout l’enjeu esthétique réside dans l’art de fusionner les deux ouvrages en garantissant la perception d’un ouvrage unique. Pour y parvenir, le pont existant doit être abaissé et sa pente réduite à 4 %.

Mais ce pont ne se vivra pas seulement en surface : les piétons pourront également emprunter de nouvelles passerelles sous l'édifice. Une attention particulière sera donc portée à l’esthétique de la sous-face, visible depuis le fleuve, les quais ou le jardin des Berges.

Un travail d’équipe

Un tel chantier ne peut voir le jour que par un travail d’équipe et de coordination. C’est le groupement mené par les Nantais de GTM Ouest qui a été désigné par Nantes Métropole en 2022 pour piloter le projet, aux côtés de plusieurs entreprises françaises et locales. À Nantes participe l’agence d’urbanisme Paume, les Ateliers Up+ et le bureau d’étude SCE du groupe Keran. 

La charpente récemment posée a, quant à elle, été fabriquée par l’entreprise italienne Cimolaï, l’un des leaders mondiaux de la construction métallique d’ouvrages d’art complexes. L’intégralité du tablier a été soudé et assemblé à Monfalcone, dans un environnement industriel contrôlé. Ce choix présente plusieurs avantages : une meilleure précision, une meilleure durabilité de l’acier, mais aussi un gain de temps grâce à la réalisation simultanée de la charpente et des piles à Nantes.

Écoconception

« L’éco-conception faisait partie du cahier des charges de Nantes Métropole » rappelle l’architecte Dietmar Feichtinger. Le réemploi du pont existant permet d’éviter la destruction de 4 250 tonnes de béton et la production de 1 300 tonnes d’acier, soit une économie de 6 000 tonnes de CO2 par rapport à un scénario de remplacement. Côté matériaux, la priorité est donnée aux solutions biosourcées, très bas carbone, locales ainsi qu’au bois. 

Pour toutes ces raisons, « mes équipes sont fières de travailler sur cet ouvrage emblématique qui restera dans la ville dans la durée », s'enthousiasme Luc Gery Helle, directeur régional génie civil à GTM Ouest. Le nouveau pont Anne-de-Bretagne, d’un coût prévisionnel de 60 millions d’euros, s'inscrira en effet bientôt dans le paysage nantais, et ce pour les décennies à venir. 

Le tablier est posé, et maintenant ?

Les haubans, mâts et éléments provisoires qui maintiennent la charpente seront progressivement enlevés, puis 340 dalles de béton posées. Fabriqué sur le chantier entre décembre 2025 et fin février, ce plancher sera recouvert d’un revêtement en béton, coulé par étapes successives. Une fois ces étapes structurantes terminées, pourront débuter les travaux d’aménagement de l’espace public, ainsi que la création des premiers linéaires de jardin. Ces opérations mobiliseront les équipes jusqu’à l’automne 2026.