Flavie Duprey : « Ensemble, on apprend à recréer des sols vivants »

Publié le 08 avr. 2026

Dernière mise à jour 08 avr. 2026

Technicienne transition écologique, Flavie Duprey recycle les déchets verts et arrose le moins possible les parcs et jardins nantais. L'ingénieure paysagiste aide aussi les équipes de jardiniers et jardinières à recréer des sols vivants, plus résilients face au changement climatique.

  • Flavie Duprey, technicienne transition écologique à Nantes Métropole, au milieu des massifs de camélias du Jardin des plantes.
    Référente transition écologique, Flavie Duprey accompagne les équipes de jardiniers et jardinières de Nantes pour réduire leur consommation d'eau, optimiser les déchets verts et régénérer les sols. © Marc Roger

« Je suis une fille de la ville, mais j'ai beaucoup profité du jardin de ma grand-mère, à Granville », se rappelle Flavie Duprey, technicienne embauchée il y a un an à la direction Nature et jardins de la Ville de Nantes. « À nous, ses petits-enfants, elle a su transmettre sa passion pour le jardin et la cuisine, avec pas mal de vocations parmi mes cousins ! » À 14 ans, la jeune Mancelle hésite pourtant encore entre océanologue ou paysagiste. « Mais j'avais un peu peur des études longues pour être océanologue, j'ai donc opté après mon bac pour un BTS de gestion forestière. »

« Ce métier passion, je l'ai attendu longtemps ! »

Convaincue, elle poursuit sur cette voie à Angers Agrocampus Ouest avec un diplôme d'ingénieure paysagiste, spécialité foresterie urbaine. Un temps Parisienne en bureau d'études, elle revient dans l'ouest en 2012 avec son conjoint. « Le premier qui trouvait un poste emmenait l'autre : c'est lui qui a trouvé et ça n'a pas été aussi simple pour moi. » Malgré son concours de technicienne territoriale, elle désespère de trouver un poste. 

En attendant, elle initie un projet associatif contre le gaspillage alimentaire, puis travaille en magasin alimentaire bio. « Avec le temps, j'avais fini par laisser tomber l'idée de trouver un emploi dans mon domaine. Jusqu'à ce que, lassée de vendre des yaourts bio, je décide de quitter ce travail routinier. » Le jour même, la Ville de Nantes publie l'offre du poste qu'elle occupe aujourd'hui à la direction Nature et jardins. « Elle venait juste d'être mise en ligne, comme un clin d’œil dans ma direction. Ce métier passion, je l'avais attendu longtemps, j'allais enfin pouvoir l'exercer ! »

  • Flavie Duprey : Pour réduire la consommation, « on installe notamment des systèmes de pilotage de l’arrosage à distance, ajustés aux conditions météo. » © Marc Roger

« L'enjeu, c'est d'économiser 140 000 litres d'eau par an »

Référente transition écologique de la direction, Flavie accompagne la réduction de la consommation d'eau dans les espaces verts nantais : « C'est presque un tiers de la consommation d'eau totale de la Ville de Nantes. L'enjeu, c'est de diviser par deux pour économiser 140 000 m3 par an ». La technicienne est la référente de nombreux projets menés avec les 27 équipes de jardinières et jardiniers. Elle bénéficie pour cela du soutien financier de l'Agence de l'Eau Loire-Bretagne : « On installe notamment des systèmes de pilotage de l’arrosage à distance, ajustés aux conditions météo. Comme au Grand-Blottereau où l'on peut arrêter l'arrosage en un clic dès qu'il pleut ! » 

Elle conseille aussi les équipes pour installer des cuves de récupération d'eau. « Les toitures de nos centres techniques n'y suffiront pas, je travaille donc avec la direction du Bâti pour repérer des gymnases et équipements municipaux où installer de nouvelles cuves ». Moins arroser passe aussi par une conception différente des massifs, avec des plantes économes en eau et du paillage systématique pour le moins d'évaporation possible.

100% des déchets verts valorisés

D'où sa deuxième mission qui est de transformer les déchets verts en paillage et en compost. Flavie pilote ainsi les campagnes de broyage des végétaux de tous les espaces verts nantais, réalisées dans les plate-formes de l’Île de Nantes et du Cimetière-Parc. « Selon la taille des branches, on les transforme en « paillage prestige » pour créer de beaux massifs ou allées, en paillage plus rustique ou en tout petit calibre qui va rejoindre le compost. » 

Si Nantes valorise aujourd'hui tous ses branchages, elle n'est pas encore complètement autonome en paillage et compost. « Pour l'instant, on ne sait pas encore faire le paillage très calibré des aires de jeux. Et avec la renaturation des cours d'école, la demande explose ! »

Améliorer la qualité des sols : vaste sujet !

  • Flavie Duprey : « Pendant longtemps, on a vu la terre comme un support inerte à travailler. Aujourd'hui, l'approche change avec l'enjeu de recréer des sols vivants. » © Marc Roger

À la croisée de l'eau et des déchets verts, Flavie veille aussi à la qualité des sols. « Pendant longtemps, on a vu la terre comme un support inerte à travailler. Mais plus on le retourne, plus on le détruit, c'est un cercle vicieux qui nous rend dépendant des intrants et du travail manuel. Aujourd'hui, l'approche change avec l'enjeu de recréer des sols vivants. » 

Flavie apprend donc à mieux connaître les sols des différents sites nantais, avec ses collègues jardinières et jardiniers. Elle met à disposition des appareils mesurant le PH de la terre, elle se promène aussi un peu partout avec sa tarière, un outil pour prélever des « carottes de terre ». « Nous envoyons certains échantillons en laboratoire pour une analyse agronomique, comme récemment à la pépinière municipale. » Une fois mieux connus, place au travail de restauration, qui va prendre du temps.

« Un sol vivant est plus résilient face au changement climatique »

« Un sol vivant, c'est un sol équilibré : l'idéal c'est 25 % d'air, 25 % d'eau, 45 % d'éléments minéraux - ce qu'on appelle en général la terre - et 5 % de matière organique. C'est un sol plus autonome, plus résilient au changement climatique, moins sensible à l'érosion. » Grâce à l'air, l'eau circule mieux, le sol accueille de la biodiversité : les vers de terre, les champignons et les bactéries font leur travail. Et les plantes réussissent à capter toutes seules les nutriments (azote, carbone, calcium) nécessaires à leur croissance. 

« Pour améliorer les sols, il faut s'inspirer de la nature, comme dans un sous-bois : limiter le travail du sol, maintenir un couvert de feuilles et diversifier les cultures. » Pour réussir ce nouveau tournant, Flavie lit toute la littérature et la théorie sur le sujet, puis la vulgarise auprès des équipes via des formations « sols vivants » ou « gestion écologique ». « Je me nourris aussi des remontées et des retours d'expérience de terrain. Avec les jardinières et jardiniers, on se nourrit mutuellement : ensemble, on apprend à recréer des sols vivants ».

« Finalement, je me sens un peu comme une activatrice du changement. Comme dans le compost où on parle d'activateur pour le marc de café ou la tonte, qui accélèrent la décomposition ! C'est cette posture d'accompagnante et d'accélératrice du changement qui me motive le plus dans ce métier ! », conclut Flavie Duprey. À tout juste 40 ans, elle savoure enfin cette mission qui lui ressemble, comme un accomplissement : « C'est un vaste sujet, il y a du boulot pour un moment ! »

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