La manufacture java! remet la terre crue à l’honneur

Publié le 27 avr. 2026

Dernière mise à jour 30 avr. 2026

Les architectes et ingénieurs de cette coopérative basée à Rezé ont conçu un dispositif de briqueterie mobile pour fabriquer directement sur les chantiers un matériau de construction écologique, à partir de la terre d’excavation des fondations.

  • La scop L'Aronde et l’association Studio Bali ont créé la manufacture java! pour concevoir une briqueterie mobile. Ici, un chantier d'éco-construction réunit des jeunes femmes à Nantes. © Garance Wester

Chantier dans le chantier : la briqueterie mobile

Sous nos pieds, un trésor. Non, toujours pas de pétrole dans nos sols mais simplement de la terre, matériau humble et noble à la fois, celui qu’ont choisi les trois fondateurs de la Scop L’Aronde pour créer leur activité. Manon Bouin, architecte, Corentin Mouraud et Victor Schneider, ingénieurs, ont décidé de se faire maçonne et maçons en se consacrant à l’écoconstruction et en développant l’utilisation de la terre crue. Alliés à l’association Studio Bali (architecture, Rezé), ils ont créé la manufacture java! pour concevoir une briqueterie mobile.

« Il s’agit de faciliter la construction en terre crue pour faciliter sa mise en œuvre et son développement, explique Manon. Les chantiers "traditionnels" imposent des cadences rapides. La terre, soumise à la météo, suppose une certaine lenteur. Notre idée consiste à utiliser la terre d’excavation issue de la préparation des fondations pour préparer sur place des briques appelées adobes. »

La briqueterie mobile prendra la forme d’un dispositif « low tech » incluant plan de travail, espace de rangement et de séchage, système de levage pour le rangement des briques. La partie la plus spectaculaire du travail est assurée par un cheval de trait, qui piétine pour les mélanger la terre et la paille étalées sur le sol. Les maçons façonnent ensuite ce matériau en forme de briques, « principalement utilisées pour monter des cloisons ».

Un matériau aux qualités multiples

Déjà très économiques en matériaux et énergie, puisqu’elles mettent en œuvre la terre excavée et ne nécessitent pas de cuisson, les adobes multiplient les qualités : elles apportent du confort thermique, puisque la brique absorbe la chaleur pendant la journée pour la restituer lentement lorsque la fraîcheur revient, assurant une ambiance tempérée en toutes saisons ; elles atténuent les bruits extérieurs et les nuisances sonores entre pièces, procurant une appréciable isolation phonique ; leur structure poreuse favorise aussi la régulation naturelle de l’humidité, maintenant une atmosphère saine. Pas de moisissures, moins d’allergies, et aucune substance toxique !

La mise en œuvre de la terre crue est cependant plus onéreuse que l’emploi de parpaings et autres plaques de plâtre, car elle nécessite davantage de main d’œuvre qualifiée. La manufacture Java! assure donc des formations à cette technique ancestrale injustement délaissée : « Nous voulons sensibiliser et former de futurs maçons spécialisés. Il est important de se réapproprier ce savoir et de le mettre en lumière. » Ce que la manufacture s’applique à faire en animant des chantiers jeunes, comme en ce moment la réalisation par des jeunes femmes du Breil d’un comptoir en briques crues pour leur future cuisine en plein air : « Les participantes affirment aussi de cette cette façon leur place dans l’espace public », souligne Hye-Mee Kwon, du studio Bali.

Prototype en cours de peaufinage

Les 30 000 € du fonds de réemploi ont permis de financer l’achat de matériel, la réalisation de tests, l’expérimentation, le prototypage de la structure mobile. Le premier prototype de briqueterie mobile sera utilisé à l’automne pour la construction à Rezé de la nouvelle crèche municipale de la Trocardière.

  • 2 024 année de création de la manufacture java!
  • 10 salariés
  • 30 000 euros reçus du fonds métropolitain d’appui aux innovations de réemploi

Quand Nantes Métropole soutient les innovations dans le réemploi

La manufacture java! figure parmi les structures soutenues dans le cadre du fonds métropolitain d’appui aux innovations de réemploi, voté en octobre 2024 en conseil métropolitain et doté de 1 million d’euros. L’ambition ? Soutenir le développement de projets innovants de réemploi industriel. Cette démarche est déjà engagée au sein de quatre filières économiques stratégiques : l’industrie (et les matériaux composites carbone), la mode durable, le numérique responsable et le secteur de la construction. La collectivité a en outre lancé la charte Nantes, terre de réemploi, signée par près de 90 acteurs à ce jour (entreprises, acteurs institutionnels, associations…), pour faire émerger une filière locale.